"The network is the computer"
Cette phrase attribuée à John Gage, ancien ingénieur de Sun Microsystems, n'a jamais été autant d'actualité. L'idée est simple et complexe à la fois : l'Internet, ce réseau de serveurs indépendants interconnectés entre eux, est en train de devenir une entité informatique en soi, un véritable ordinateur planétaire. Au début l'Internet n'était que simples communications e-mail et pages webs statiques. Puis sont apparus de véritables "applicatifs". Citons par exemple hotmail, qui dès 1996, propose un véritable service d'e-mail hébergé, et va alors beaucoup plus loin que la simple page html avec ses liens hypertextes.
Aujourd'hui, le principal ambassadeur de cette philosophie est sûrement Eric Schmidt, CEO de Google, lui aussi un ancien employé de Sun Microsystems.
Il est même pensable de dire qu'il a été recruté avec comme principale
mission de transformer Google d'une entreprise reine dans le domaine de
la recherche, en une entreprise d'applicatifs, ou de "software as a
service" pour concurrencer Microsoft. On se souvient d'ailleurs de
l'anecdote qui veut que Steve Ballmer, Ceo
de Microsoft, ait lancé sa chaise à travers la fenêtre de son bureau
lorsque l'un de ses ingénieurs clé lui apprenait, en 2005, qu'il
quittait l'entreprise pour aller travailler chez Google. Tout l'enjeu
était déjà là, la future concurrence Google-Microsoft non plus seulement sur le domaine de la recherche, mais sur celui des applicatifs.
Encore peu connue en France, Google propose déjà sa suite Google Docs, intégrée dans une véritable solution pour les PMEs, avec un équivalent de word, excel ou powerpoint.
Les avantages sont nombreux : c'est gratuit, accessible depuis
n'importe quel ordinateur connecté, on peut partager facilement ses
documents avec d'autres personnes de son groupe de travail, et le tout
réside sur les serveurs de Google, beaucoup mieux protégés aux virus et
à la tasse de café qui se renverse que notre propre ordinateur. Le
principal frein est culturel : s'habituer à un nouvel environnement,
une nouvelle façon de travailler, et surtout devoir être connecté en
permanence. Même si nous sommes maintenant connectés à Internet 95% du
temps ou plus, les 5% restant font que la transition est encore
difficile à imaginer. Cependant, les solutions techniques arrivent, un
concurrent de Google Docs, Zoho, une start-up indienne propose ainsi de passer en mode offline, et de continuer à utiliser ses applicatifs via son navigateur. Le "software as a service" ou ASP (Application Software Provider) est indéniablement une tendance de fond. Même Microsoft doit s'adapter et propose le service Office Live Workspace, un embryon qui aujourd'hui permet uniquement le partage de documents. Adobe propose lui aussi son logiciel star, Photoshop, en version réduite via le web.
Observons
comment nous utilisons aujourd'hui l'informatique à titre personnel. Je
me souviens encore, il y a quelques années, que chaque ordinateur
rivalisait de megahertz, de ram et gigaoctets.
Aujourd'hui, je dois avouer que je suis incapable de vous parler des
"mensurations" de mon ordinateur. C'est d'ailleurs peut-être pour cela
que d'autres critères, tels le design ou l'ergonomie sont de plus en
plus importants et permettent à Apple de gagner des parts de marché. De
plus en plus, notre ordinateur devient un puissant terminal d'accès au web. L'utilisateur moyen passe la majorité de son temps sur son email, messenger, facebook et autre myspace, google et le web
de façon générale. Écouter de la musique ? pourquoi se limiter à un
nombre fini de musiques sur son disque lorsqu'on peut accéder à une
bibliothèque virtuelle telle que Deezer. Conserver des photos ? J'ai plus d'espace et elles sont plus sûres sur facebook, picasa ou flickr...et
en plus je les partage (l'être humain est un animal social disait
Rousseau, le partage de ses expériences est clé). Voir des films ?
pourquoi me limiter à ma bibliothèque personnelle de dvds si je peux, de plus en plus, avoir un accès en streaming à des serveurs de stockage (encore souvent illégaux, même si on saluer le succès américain de hulu qui diffuse gratuitement films et séries de NBC).
Il
est plus important aujourd'hui d'avoir une bonne connexion internet,
qu'un processeur puissant. L'enjeu est sur la bande passante de nos FAI, jusqu'au 100megas/seconde
de la fibre optique, pour accéder plus rapidement à un réseau
d'ordinateurs qui seront de toutes façons plus performants que nos
propres ordinateurs.
Le débat est maintenant de savoir à quoi
ressemblera notre futur "bureau virtuel". Peut-être utiliserons nous
encore pendant longtemps Windows ou Mac os comme point de lancement de nos applicatifs, mais ce pourrait bien être de plus en plus notre navigateur, IE, Firefox
ou le nouveau né Chrome de Google ? Et dans ce navigateur, aurons-nous
justement ce concept de bureau virtuel tel que Google le présente avec
Google Docs ? En tout cas, le jeune Facebook, pourrait bien se révéler être un concurrent sérieux pour Google et Microsoft. En Octobre, les Internautes du monde ont passé, selon Comscore, 33,9 milliards de minutes sur Facebook, à comparer à 41,6 milliards sur Google. Et même si la dimension applicative est moins présente sur Facebook
qu'il y a un an, son nouveau design positionne le réseau social de plus
en plus comme un bureau virtuel : observez le chat en bas à droite, ou
les applications favorites à gauche. Je ne sais pas vous, mais
personnellement je laisse mon Facebook connecté en permanence. Ouvrirons-nous demain notre application d'email ou nos documents excel ou word via facebook ? Pourquoi pas, si finalement les documents s'utilisent de plus en plus de façon collaborative, l'intégration avec un réseau social ne serait pas absurde. Ou alors, le web sera justement le fossoyeur du concept même de desktop.
Oui, à fin 2008 "The network is the computer". Gageons qu'en 2009 de nouveaux développements vont encore accélérer l'histoire de faire l'informatique en ce sens.
PS : En attendant, j'ai écrit cet article sur Google Docs qui est un bon produit. Le seul conseil que je pourrais d'ores et déjà donner est de prévoir un plug-in qui permettrait d'ouvrir ses fichiers du disque dur en double-cliquant dessus, et ainsi associer ses .doc, .xls, ou .ppt aux équivalents Google.